
Assassin's Creed
date de Sortie : 15 novembre 2007
Multijoueurs : non / en ecran partagé : non
Développeur : Ubisoft
Type : Infiltration
Classification : Déconseillé aux - de 18 ans / Niveau de contrôle parental : 9Assassin's
Creed nous entraîne en Terre Sainte à la fin du XIIème siècle lors de
la Troisième Croisade, "la croisade des Rois". L'époque n'est donc
guère paisible dans ces régions déchirées par la guerre et les
manigances géopolitiques. Altair, notre héros, évolue ainsi dans ce
contexte pour le moins délicat en tant que membre de la confrérie des
assassins. Impétueux et trop sûr de lui, ses actes vont vite avoir des
conséquences dramatiques en mettant en grand danger les siens. Il devra
donc se racheter en prouvant son entière dévotion à la confrérie et se
voit déchu de son rang et contraint d'obéir sans mot dire aux moindres
désirs de son maître. Le voici du coup entre Damas, Acre et Jérusalem,
une liste noire de neuf noms en sa possession : ses neuf futures
victimes...
Héros déchu, contexte trouble, personnages
ambigus... Ubisoft Montréal n'a pas lésiné sur les artifices
scénaristiques pour mettre sur pied une trame complexe et intéressante
pour Assassin's Creed. Plongé dans ce lointain passé sous les traits
d'Altair, on se sent vite un peu perdu au milieu de ces tensions
politiques entre Templiers, Anglais et Sarrazins, avec en plus la
sensation de plus en plus tenace de n'être qu'un vulgaire pion sur un
échiquier qui nous dépasse totalement. Le jeu, en tout cas, ne se prive
pas de développer tout cela lors de nombreuses cut-scenes offrant aussi
bien des têtes-à-têtes avec des membres de votre confrérie, des
discussions épiées au détour d'une promenade dans les villes ou, plus
original, en "dialoguant" avec vos victimes avant qu'elles ne rendent
leur dernier souffle. Généralement, le jeu vous laissera le contrôle de
la caméra ou/et d'Altair pendant ces moments, histoire qu'ils
conservent un semblant de dynamisme et pour vous occuper un peu
également, mais il n'empêche que cette tendance au blabla pourra agacer
les impatients, d'autant que le jeu ne permet pas de les zapper. Quoi
qu'il en soit, Assassin's Creed réussit à planter un décor crédible et
mature vraiment intéressant à découvrir et explorer.
Il
n'aura, bien sûr, échappé à personne qu'Assassin's Creed cachait aux
joueurs un mystère important au sujet de son background. Mais, comme
cela commençait à devenir prévisible, celui-ci n'est finalement pas si
estomaquant que cela. Ceux qui s'attendaient à incarner Raiden à la
place de Snake ou un Covenant à la place de Master Chief risquent de
trouver le twist un peu décevant. En fait, le vrai problème vient du
fait que ce fameux secret est dévoilé bien trop tôt dans l'aventure et
que, même s'il apporte un certain rythme à l'ensemble, il aurait sans
doute été plus malin de le garder au chaud quelques heures afin de
conserver l'effet de surprise. On évitera d'en dire plus pour éviter de
spoiler inutilement, mais tout cela manque de subtilité et de finesse,
comme si cet aspect du jeu avait été traité à la va-vite au dernier
moment. Preuve, en tout cas, qu'il vaut mieux avoir du répondant quand
on fait à ce point son malin.
L'assassinat, c'est mon dada
L'aventure
d'Altair est donc rythmée par les différents assassinats ordonnés par
le maître de la confrérie. Après avoir reçu ses ordres, celui-ci
partira de la citadelle des assassins surplombant le petit village de
Masyaf et se rendra au choix à Damas, Acre ou Jérusalem pour exécuter
sa mission... et sa proie. Mais avant de parcourir les ruelles bondées
de ces grandes villes, Altair devra traverser le Royaume à cheval. En
effet, à la manière d'un Oblivion, Assassin's Creed propose un vaste
monde à explorer au-delà des fortifications des cités où se déroulent
les missions. Malheureusement, même si ces passages permettent de
donner une véritable cohérence et consistance à l'univers du jeu, on ne
peut que regretter le vide ludique qu'ils représentent. En effet, en
dehors de quelques secrets à découvrir (comme les paquets de GTA),
quelques gardes qui ne manqueront pas de vouloir votre peau dès que
vous galoperez trop vite et quelques tours de gardes à escalader pour
observer les environs, le Royaume ne propose rien de concret pour nous
occuper. Pas même un villageois à sauver, un méchant à empaler ou deux
trois trucs à voler... Rien. Les balades à cheval sont certes
plaisantes et permettent de faire un peu de tourisme entre deux
meurtres, mais à quoi bon se coltiner un tel boulot pour ne pas y avoir
glissé quelques missions secondaires qui font toujours plaisir ? Au
final, ces passages à cheval évoquent donc plus ou moins les tant
décriés voyages en bateau de Link dans The Wind Waker. Il ne faudra
finalement rien en attendre d'autre que celui de jouer le rôle de liant
potentiellement lassant pour une aventure nerveuse et bourrée d'action.
On finira donc par se concentrer sur les missions directement en
zappant ces passages comme cela est permis une fois la première moitié
du jeu passée.
Mais, à peine arrivé au pied des
fortifications de la cité où vous attend votre future victime, les
choses changent du tout au tout et deviennent terriblement sérieuses.
En ces temps de guerre, les gardes sont, en effet, très nombreux et sur
le qui-vive. Ils vous auront donc toujours à l'oeil, prêts à se jeter
sur vous à la moindre entourloupe. L'exploration des villes vous
imposera donc la discrétion soit en vous fondant dans la masse, soit en
fonçant avec souplesse et agilité de toits en toits. La maniabilité
d'Assassin's Creed a ainsi été pensée en fonction de ces deux attitudes
et les actions possibles se partagent ainsi entre mode Passif et mode
Actif. Le premier est celui par défaut : Altair marchera normalement et
pourra pousser doucement les personnes croisées pour éviter les
bousculades rarement discrètes (en restant simplement appuyé sur Rond)
et se noyer ainsi dans la foule. Si les gardes se montrent malgré tout
trop pressants, un coup sur Croix et il baissera alors la tête en
joignant les mains pour jouer au moine et troubler son monde. Quel
fourbe !
Encore fragile sur certains aspects, Assassin's Creed
n'atteint sans doute pas la perfection. Quelques incohérences dans les
réactions des gardes, une mécanique de jeu répétitive ou un artifice
scénaristique pas très bien employé sont autant de bémols qui jouent
contre lui. Pour autant, comment ne pas craquer devant l'agilité, la
souplesse, la classe de son héros capable d'évoluer aussi librement
dans des cités immenses et crédibles ? Comment ne pas saluer
l'intuitivité de la maniabilité qui rend l'aventure aussi jouable que
spectaculaire ? Certains buteront sans doute contre un titre qui laisse
énormément de liberté tout en encadrant parfois beaucoup le joueur, et
on peut les comprendre. Mais l'expérience qu'il propose n'en sera pas
moins captivante et bluffante pour ceux qui sauront se concentrer sur
ses indéniables qualités et composer avec ses défauts de jeunesse. Bien
qu'imparfait, Assassin's Creed est sans doute l'une des expériences
ludiques les plus marquantes de l'année
Note Globale : 16/20